De Rugy, l’arbre qui cachait la forêt …

L’affaire « De Rugy » tourne en boucle dans l’actualité hexagonale depuis une semaine, avec à la clé une démission qui était évidente au premier jour des publications de Mediapart. Alors François de Rugy vient grossir la liste de toutes ces femmes (si si, il y en a aussi) et de tous ces hommes politiques dont les écarts, avec l’éthique ou avec la loi, voire les deux, sont venus salir un personnel politique totalement au service des citoyens (et bénévolement pour la très grande majorité).

Mais De Rugy, comme Nyssen, Ferrand, Balkany, Cahuzac, Fillon, Tapie, Sarkozy, … ne sont que les fils décousus et visibles de notre cape républicaine que les journaux d’investigation viennent tirer pour alimenter leurs publications, et cela jusqu’à l’arrachement d’un fil qui monopolisait l’attention. Car c’est toute l’étoffe qui est décousue, et je peux annoncer sans me tromper que demain, le Canard Enchaîné, Le Monde, Médiapart, ou un autre sortira encore une autre affaire ; puis une autre, puis encore une autre. Il ne sert à rien de s’attarder sur chaque cas, comme si le médecin devant un cas de varicelle ne s’intéressait qu’à un seul de tous les boutons, le perçant puis le séchant, pour revenir le lendemain s’occuper d’un autre …

Il revient souvent dans les propos des chroniqueurs à la radio ou à la télé le cas du Général de Gaulle qui payait sur ses deniers personnels tout ce qui touchait à sa vie privée, comme ses factures d’électricité à l’Élysée. A cette époque, les ministres et les parlementaires vivaient souvent sans éclat, mais il y avait surtout un profond respect républicain pour l’argent public. Cet argent qui provient des contributions de tous les français sert au fonctionnement de l’État et de ses services, à l’hôpital public, à la sécurité sociale et aux collectivités locales ; les élus ne sont là que pour mettre en œuvre des politiques votées démocratiquement, mais nullement pour détourner cet argent.

L’histoire est là aussi pour nous enseigner les sacrifices, les dons de soi que des personnes ont fait pour tous les autres, quelque soit leur statut social ou leur profession. Alors c’est peut-être la statue d’Auguste Rodin, devant la mairie de Calais, et représentant les six bourgeois de Calais faisant le sacrifice de leur vie au roi d’Angleterre Édouard III en 1347 pour laisser la vie sauve aux habitants de la ville assiégée, qui a marqué mon esprit ; servir les autres n’est pas une fin en soi, c’est un engagement de long terme. Agir en politique pour que les rivières soient préservées, pour que les terres agricoles ne soient pas artificialisées, pour que la biodiversité se développe, … ce n’est pas une posture politique, c’est vouloir laisser à nos enfants et à leurs enfants une planète où ils pourront vivre comme nous le faisons encore.

Pour revenir à De Rugy, on pourra estimer que les 9 200 € qu’il a versé à EELV en 2013 et 2014, comme cotisation d’élu, mais prélevés sur son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), ne constituent pas une somme extraordinaire, mais c’est néanmoins de l’argent public destiné normalement à la location d’une permanence, aux transports, aux frais de communication, à la formation, … du (de la) seul(e) parlementaire ! Cela ne doit donc pas servir à payer ses vacances en famille, à acheter le local de sa permanence, à abonder une assurance vie, etc. Et c’est donc un principe qui vaut au Parlement, dans les ministères et dans les mairies ; chaque euro d’argent public doit servir l’intérêt général et son usage doit être justifié. Mais ça, malheureusement, c’est un principe (qui figure pourtant dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) qui n’est plus porté comme une exigence républicaine …

De Rugy, et tous les autres de la liste ne sont pas les victimes d’un tribunal médiatique ; ils savent, ils devraient savoir quand ils entrent dans ce sérail qu’ils intègrent un marigot dont tous et chacun(e) pourra un jour être la victime expiatoire. C’est un peu comme une tribu d’un autre temps qui sacrifierait l’un(e) des sien-ne-s, de temps en temps, dans une forme de rituel désormais bien réglé. Notre tribu politique continue d’abuser du système, et elle s’accorde sur le fait que des médias d’investigation pourront venir en punir un(e), au grès de l’actualité, pour donner le change.

Et il est un point que les chroniqueurs qui squattent les plateaux des chaînes d’info en continu abordent trop peu, c’est d’où viennent les fuites ; les fuites pour Cahuzac, les fuites pour madame Bettencourt, les fuites pour Fillon, … et là les fuites pour De Rugy. Alors on accuse les journaux de « feuilletonner », mais en réalité chaque article apporte de nouvelles fuites. Ainsi, le limogeage de la directrice de cabinet du ministre De Rugy, et de celle façon-là, c’est un appel d’air pour d’autres révélations. Et les groupes politiques au Parlement ne sont pas des plus hermétiques. L’affaire Fillon avait donné lieu à ces mêmes rebondissements nourris par quelques sources y trouvant là quelques opportunités, … ou quelques vengeances.

C’est une faribole de penser qu’en durcissant les contrôles sur la vie politique, il y aurait moins de candidats pour occuper des mandats ; les brebis galeuses sont une plaie pour toute corporation, et des pratiques vertueuses largement partagées sont au contraire un atout pour recruter ceux que l’on appelle les « fantassins de la République ». Limiter le nombre de mandats dans le temps, empêcher le cumul de mandats exécutifs, donner plus de transparence au fonctionnement de nos structures publiques, rendre le personnel politique plus conforme à la pluralité de notre société, accepter d’être révoqué(e), … autant de mesures qui permettraient de « nettoyer les écuries d’Augias ».

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