Gare de Paulhan, le maire Claude Valero institutionnalise son projet électoral

Vendredi 29 novembre, en Conseil syndical du SYDEL du Pays Cœur d’Hérault, nous avions à l’ordre du jour le contrat territorial de la Région avec le Cœur d’Hérault pour les financements du second semestre 2019. Et une ligne du tableau a attiré mon attention, celle sur la gare de Paulhan.

Car dans la mesure 4 de ce contrat territorial, c’est à dire dans la rubrique « Diversifier et améliorer l’accès à une offre complète en logements et à un habitat durable », la ligne de Paulhan était libellée « Réhabilitation de l’ancienne gare en espace culturel ». J’ai pris la parole pour me faire préciser que les logements sociaux prévus depuis 2013 dans cette gare faisaient bien parti du projet, et bien non, car le financement de ces logements par la Région dans le cadre de l’opération Bourg-Centre nécessite des relevés énergétique demandés par les services de la Région, et que la municipalité n’est pas en mesure de fournir … et donc les logements feront partie d’un futur financement régional.

Le montant total de l’opération est affiché à 555 k€ HT ; les aides publiques se montent à 366 500 €, réparties entre l’État (166 500 € – 30%), la Région (100 000 € – 18%) et le Département (100 000 € – 18%), le solde de 188 500 € est à la charge de la commune de Paulhan. C’est d’ailleurs étonnant que le Département qui a mis 90 k€ pour ne pas voir se réaliser les logements prévus il y a déjà 5 ans remette 100 k€ au pot pour un autre projet …

L’aide de la Région, dans le cadre du contrat Bourg-Centre, s’inscrit dans un contrat où l’action 1.5.1 portait sur « Logements aidés et espace culturel », et un montant estimé entre 400 k€ et 480 k€ HT.

Dans ce qui a toujours été discuté, puis approuvé par le Conseil municipal, c’était des logements à l’étage, un aménagement de la salle des pas perdus pour mieux accueillir des évènements culturels, et quant aux ex-logements du rez-de-chaussée (200 m2) leur destination restait encore à préciser.

Un projet électoral

Au final, on se retrouve donc avec un espace culturel à 555 k€ HT, dont on peut bien se demander ce que ça va être pour coûter tant. Bien évidemment avec le maire actuel, tout cela n’a fait l’objet d’aucun débat avec les élus, ni de travail en Commission Culture, et encore moins d’une prévision au budget de la commune en 2019. Il s’agit donc bien d’un projet électoral, et je m’étonne que des collectivités territoriales comme le Département et la Région se prêtent à cette communication-là en période de campagne officielle …

Et c’est aussi assez époustouflant que le maire de Paulhan, Claude Valéro, qui n’a rien fait pour la gare de Paulhan en 6 ans, se targue à quatre mois du prochain scrutin municipal de faire « du concret » à propos de subventions obtenues : « 366 000 euros pour la restauration de la salle des pas perdus de la gare« .

26 novembre 2019 - Signature des contrats de bourg-centre des communes d'Aspiran, de Canet, de Clermont-l'Hérault et de Paulhan

Mais je reviens au cœur de cette note, à savoir la gare de Paulhan que Claude Valéro agite désormais comme de la poudre de perlimpinpin.

2013, la SNCF vend les deux gares de Clermont-l’Hérault et de Paulhan

C’est au début de l’année 2013 que la Communauté de communes du Clermontais (CCC) avait envisagé de racheter les deux gares de Clermont-l’Hérault et de Paulhan, mises en vente par la SNCF, la première pour y installer l’office de tourisme, mais aussi pour y proposer des services pour la petite enfance et la jeunesse, et la seconde pour y aménager des logements sociaux. Mais en mars 2013, lors du vote du budget primitif de la CCC, seule figurait l’acquisition de la gare de Clermont-l’Hérault.

« Nous ne sommes pas des acheteurs de gares. Je me refuse d’inscrire cette somme tant que nous ne saurons pas ce que nous pouvons en faire. Et cela même si cette gare est un lieu intéressant, vendu à un prix raisonnable. Mais il faut que nous montions un projet« , avertit Jean-Claude Lacroix, vice-président délégué aux Finances. Midi Libre du 30 mars 2013 :

Midi Libre du 30 mars 2013

Les délégués de Paulhan sont alors montés au créneau, et Alain Cazorla finissait enfin par entreprendre les démarches administratives, et notamment une aide du Département à hauteur de 50%, à condition que des logements sociaux y soient construits. Et le 18 septembre 2013, l’assemblée communautaire délibérait pour acheter la gare de Paulhan (183 000 €).

2014, lâchée par la CCC, la commune de Paulhan reprend la balle au bond

Sauf qu’en février 2014, Alain Cazorla faisait volte-face, au motif que la gare de Paulhan contenait des canalisations en plomb, de l’amiante et qu’il fallait reloger deux locataires pendant les travaux. En assemblée communautaire, le 18 février 2014, j’ai interpellé Alain Cazorla sur ce mauvais coup, sur la capacité financière bien supérieure à celle de Paulhan et dont disposait la CCC pour ce type d’aménagement, puis le maire de Paulhan, Bernard Soto, a pris la parole pour expliquer que la commune de Paulhan ne pouvait pas laisser la SNCF vendre la gare à n’importe quel aménageur. Bernard Soto avait pris la précaution de contacter les jours précédents Michel Gaudy (vice-président du Conseil général délégué aux finances) ainsi que le Président Vézinhet pour que l’aide de 50% accordée par le Département à la Communauté de communes pour l’achat de la gare de Paulhan puisse être transférée à la commune ; et cette demande a été satisfaite. Aussi, le 4 mars 2014, sous la présidence de Bernard Soto, le conseil municipal adoptait l’acquisition de la gare de Paulhan pour 180 000 €.

Aussi, en devenant le premier magistrat de la commune de Paulhan quelques jours plus tard, Claude Valéro n’avait plus qu’à signer le compromis avec la SNCF, et puis à entreprendre les démarches pour faire construire les logements sociaux prévus dans l’accord avec le Département. L’acte a été signé le 30 décembre 2014, et la dépense d’investissement inhérente figure au compte administratif de l’année 2015.

2015-2017, trois ans à tourner en rond …

Et que s’est-il passé ensuite, depuis maintenant 5 ans après cet achat ? L’idée est d’abord partie de faire ces logements via des chantiers d’insertion. Sauf que c’est bien de le dire, mais il faut aussi le faire. Un architecte du Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) de l’Hérault s’est penché sur le projet, ce qui a d’ailleurs permis au passage de proroger de deux années de plus la convention avec le Département, mais ce projet n’était vraiment pas une priorité municipale.

2018, une maîtrise d’œuvre enfin désignée pour le chantier des logements sociaux

Au printemps 2018, la mairie a publié un appel d’offres de « Mission diagnostic et maîtrise d’œuvre pour la gare », marché attribué à Lendemaine Architecture en juin 2018. Le 13 septembre 2018, l’architecte venait présenter ses esquisses de réhabilitation de la gare en conseil municipal privé, et les échanges avaient porté sur les deux ou quatre logements qu’il était possible de construire à l’étage, en prenant sur les combles pour gagner en verticalité, sur les escaliers et la contrainte d’accessibilité, sur l’espace libéré par les deux logements du rez-de-chaussé (sur 200 m2) et dont la destination n’était pas encore déterminée, sur la RT2012, sur la chaufferie à déplacer, sur la lampisterie (65 m2), etc. Les coûts avancés par l’architecte allaient de 400 k€ (pour deux logements) à 500 k€ (pour quatre logements). Quant aux logements du rez-de-chaussé, en tranche conditionnelle, l’estimation financière était de 300 k€.

2019, émergence d’un espace culturel à la gare de Paulhan

Mais voyant que ce chantier ne serait pas réalisé rapidement, le maire de Paulhan a réduit la voilure et à inscrit au budget 2019 les seules rénovations de la façade, avec la réhabilitation de la verrière, la mise en accessibilité du trottoir pour les personnes à mobilité réduite depuis le parking, et la rénovation de la salle derrière les anciens guichets. L’opération n°290 « Bâtiment Gare » étaient ainsi dotée d’un budget de 145 k€ pour 2019, 45 k€ de frais d’étude et 100 k€ de constructions.

Ce contre-pied municipal était déjà perceptible dans l’opération Bourg-Centre où une fiche action n°1.5 est consacrée à la gare (fiche à télécharger au format PDF). Il y apparait un « espace culturel » dans la même tranche que les logements aidés, et pour un budget total compris entre 400 k€ HT et 480 k€ HT.

Le Plan Pluriannuel d’investissement (PPI) présenté en Conseil municipal le 7 mars 2019 dans le cadre du débat d’orientations budgétaires prévoit les dépenses annuelles suivantes pour le bâtiment de la gare : 5 300 € d’études et 11 000 € de travaux en 2019, 33 150 € d’études et 350 000 € de travaux en 2020, puis 33 150 € d’études et 300 000 € de travaux en 2021. Déjà, le budget adopté un mois plus tard n’était déjà plus conforme au PPI, c’est dire le sérieux de ces projections budgétaires.

Tous ces éléments d’information budgétaire se trouvent sur le site Web de la commune de Paulhan : https://www.paulhan.fr/budget_fr.html.

Au passage, le Conseil départemental délibérait le 8 avril 2019 pour proroger de 18 mois le délai de fin d’exécution des travaux de la gare pour y aménager des logements sociaux (cf. convention signée en 2014 et déjà prorogée en mars 2016). Cela signifie que si les travaux ne sont pas achevés au 21 septembre 2020, la commune devra rembourser au Département les 90 k€ qui avaient été avancés en 2014. Et il est déjà évident que le chantier ne sera pas réalisé d’ici là, car le temps de l’inscrire au budget, de lancer les appels d’offres et de réaliser les travaux …

Donc le maire de Paulhan, Claude Valéro, est déjà dans un autre projet que celui d’y faire des logements sociaux … Et pourtant, les habitants du bâtiment où était Paulh’Optic en centre-ville et qui doivent être relogés pour l’état de péril de la construction aimeraient bien que Paulhan dispose d’un peu plus de logements locatifs, plutôt que d’aller à Péret comme c’est le cas pour l’un de ces ménages.

Et au-delà de 2020 ?

Donc quand l’actuel maire de Paulhan indique sur sa page Facebook que ces aides publiques, d’un montant de 366 000 €, « c’est du concret », et bien non, moi j’appelle ça de la tartuferie.

Car demain, l’équipe municipale qui arrivera en mars 2020 aura d’autres priorités à inscrire dans les prévisions budgétaires du mandat, et un projet sur la gare sera à recalibrer complètement. La date butoir de septembre 2020 qui s’impose pour l’achèvement des travaux des logements est une épée de Damoclès qui pèsera sur des choix urgents pour l’année 2020.

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