La santé s’offrirait-elle au secteur libéral sur le Clermontais ?

Avant que le Président Jean-Claude Lacroix ne déroule l’ordre du jour de la séance du Conseil communautaire du 23 novembre, un moment était réservé au Docteur Nouari Drissi pour nous présenter le « dispositif Santé Lib ». C’est une association qui cible un potentiel de 300 professionnels libéraux sur le Cœur d’Hérault (médecins, dentistes, sages-femmes, infirmier-e-s, kinésithérapeutes, …), et qui se donne pour objet de partager de l’info, d’informer, de former et de porter des propositions dans le débat public. Et puis c’est devenu plus confus quand le Docteur Drissi a évoqué en même temps la maison médicale de garde (MMG) ainsi que l’unité médicale d’urgence et de permanence des soins (UMUPS), structures dans lesquelles il est fortement engagé, mais précisant au passage que Santé Lib vise l’organisation des soins sur le Cœur d’Hérault. Diable, les autorités publiques de santé sont elles aussi déficientes que ça ?

C’est vrai qu’il y a pléthore d’acteurs publics. Au sommet de la pyramide, il y a l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Occitanie qui est représentée dans  l’Hérault par un Conseil territorial de santé (CTS). La coordination hospitalière est gérée par un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) ; le Cœur d’Hérault s’inscrit dans le GHT Est-Hérault Sud-Aveyron qui réunit neuf hôpitaux, dont le CHU de Montpellier. A cette même échelle départementale, le Conseil départemental intervient au quotidien avec ses services, des assistantes sociales, des médecins de PMI, … du plus jeune au plus vieil âge de la vie, et sur des dispositifs de solidarité qui font partie de ses compétences obligatoire. A notre échelle, le Pays Cœur d’Hérault dispose d’une Commission Santé qui conventionne avec l’ARS pour porter, avec les médecins locaux, des projets comme l’UMUPS et la MMG, sur la base d’un Contrat local de santé.  N’oublions pas les Centres communaux d’action sociale (CCAS), dont une évolution un temps envisagé pour le Clermontais était de les coordonner (et non pas les remplacer) par un Centre intercommunal d’action sociale (CIAS). Alors oui, ce n’est pas facile de savoir qui fait quoi …

Les professionnels de santé sont évidemment les chevilles ouvrières de notre système de santé sur un territoire comme le Cœur d’Hérault, et je tiens à préciser que siégeant au Pays Cœur d’Hérault et à la Communauté de communes du Clermontais depuis 10 ans, je sais le travail qu’ils accomplissent pour nous mettre à disposition de tels outils, et qui vont bien au-delà de leur seul cabinet médical. Mais la question de la gouvernance est importante, et je tiens à ce qu’elle demeure publique. Des membres de l’exécutif intercommunal ont répondu qu’il « ne fallait pas opposer les démarches privées de l’intérêt général », que « la question n’est pas de savoir qui fait quoi, mais qu’avec les moyens à notre disposition il faut profiter de l’offre qui se présente », ou encore que « Santé Lib est intervenu efficacement sur certaines situations municipales ».

Et puis le propos du Docteur Drissi est devenu ambigu quand il a évoqué ses besoins de financement, avec une demande à venir auprès de l’ARS pour un financement de Santé Lib (ou de PELMECH, son association qui gère la MMG ?) ; une demande auprès du Pays Cœur d’Hérault (pour 1/2 ETP) lui ayant été refusé. Il souhaite ainsi solliciter les communes, entre autres pour financer un poste de secrétariat. Mais comme je l’ai indiqué dans mon intervention, c’est une association de libéraux qui devrait quand même pouvoir se financer son personnel … Car l’organisation des soins que le Docteur Drissi souhaite piloter (avec Santé Lib ou Pelmech) permet aussi à chacun des professionnels de mieux travailler, de mieux se coordonner avec les autres professionnels qui interviennent sur de mêmes patients, et donc de faire des gains de productivité.

MM Nouari et Mehdi Drissi à la tribune de l'assemblée communautaire

Ensuite, et c’est là où j’ai indiqué au Docteur Drissi que sa démarche était malhonnête, parce qu’il nous a décrit dans le cadre de ses interventions quelques cas où des personnes âgées et/ou handicapées restent sans suivi direct (et les situations décrites suscitent évidemment de la compassion), avant de préciser que son fils qui était à ses côtés avait créé une société d’aide à la personne qui répondait précisément à ces besoins-là ; toute la réunion ne semblait plus alors qu’un tour de passe-passe pour solliciter les commune et l’intercommunalité dans un conventionnement avec cette entreprise-là. Deux élues du Conseil communautaire ont été étonnées de cette publicité faite en assemblée communautaire, alors que nombre d’associations ou d’entreprises d’aides à domicile (ADMR, Présence Verte, Apef, …) travaillent déjà sur le Cœur d’Hérault. Je ne sais pas si le Président Lacroix était informé du contenu détaillé des interventions de MM Nouari et Mehdi Drissi, mais je pense qu’il aurait été bienvenu que tout ça soit mieux cadré en amont.

Mais l’UMUPS a aussi été au cœur de l’intervention du Docteur Drissi (sans pour autant être plus claire). Il a rencontré l’ARS très récemment, et une antenne SMUR serait fléchée sur Clermont-l’Hérault ; je rappelle que dans son Schéma Régional de Santé 2018-2022, l’ARS n’a prévu que deux nouvelles structures d’urgence sur les 13 départements de la région, et ils sont dans l’Hérault, l’une en urgence pédiatrique au CHU de Montpellier, et une autre non encore affectée. Selon le Docteur Drissi, le CHU de Montpellier qui pourrait porter cette antenne SMUR auprès de l’ARS estime que le Clermontais n’est pas en « déficit d’urgences ». D’où sa demande qui a donné lieu à une motion de l’assemblée communautaire pour adresser un courrier au CHU de Montpellier et à l’ARS, réclamant l’antenne SMUR à Clermont-l’Hérault, et précisant que les données statistiques plaident pour cette localisation-là. Les communes du Clermontais sont invitées elles aussi à délibérer dans le même sens. Or, à l’échelle du Pays Cœur d’Hérault, il n’y a pas les mêmes certitudes ; Marie Passieux témoignait que les dernières réunions sur l’avenir de l’UMUPS et sur la création d’une antenne SMUR ne suscitent pas une même assurance.

L’heure d’échange sur ces diverses questions de santé soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et il en ressort, en tous cas pour moi, un sentiment de très grande confusion. J’en retiens aussi que les collectivités territoriales s’en remettent aux professionnels libéraux, évidemment plus à l’aise dans cet environnement-là qui est leur quotidien, et que c’est pour moi une forme de démission politique. Nous avons mis en place un Contrat local de santé à l’échelle du Pays Cœur d’Hérault, et les réunions de diagnostic qui se sont tenues en 2017 ont fédéré elles aussi un très grand nombre de professionnels ; nous avions d’ailleurs assisté, le Docteur Drissi et moi-même à une réunion d’un groupe de travail « Offre de soin » le 12 octobre 2017.

Alors ne nous dispersons pas et apportons notre soutien au Pays Cœur d’Hérault pour un Contrat local de santé ambitieux et responsable au regard des enjeux de santé publique sur notre territoire.

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