Le grand débat … nécessairement électoral !

Trompe-l'oeil de Ben Vauthier (1993), place Frehel à Paris XXème

Emmanuel Macron va écrire aux français ce lundi 14 janvier, et dès le lendemain son premier ministre va mettre en place le grand débat national sensé renouer le lien démocratique entre les citoyens et leur gouvernement. Ce grand débat démarre le 15 janvier avec les moyens logistiques de la commission national du débat public (CNDP), mais sans sa présidente qui a décidé de s’en tenir à l’écart pour raison de rémunération indécente …

Ce grand débat se tiendra jusqu’au mois de mars, et chacun peut l’organiser que ce soit à l’échelle d’un quartier, d’un village ou d’une région. Mais chacun aura constaté que la durée de ce grand débat coïncide avec la période électorale des européennes, et c’est donc une façon d’imposer une parenthèse, histoire que la campagne des européennes puisse se tenir dans un autre contexte que celui que les gilets jaunes imposent depuis le 17 novembre.

Mais avant d’analyser la portée politique de ce grand débat, intéressons-nous à ses contenus. Ainsi, le gouvernement nous propose « quatre thèmes de débat pour envisager des solutions pour l’avenir du pays sur des problématiques majeures ». Le premier thème porte sur la transition écologique, et sont posées les questions sur l’isolation des logements, sur les déplacements et sur le chauffage des habitations. Le second thème sur la fiscalité et les dépenses publiques interroge sur ce que sont les bons prélèvements, le bon niveau de dépense, une fiscalité efficace et compétitive ou encore comment la rendre plus simple et plus lisible. Le troisième thème porte sur la démocratie et la citoyenneté, et il s’articule autour de questions sur : comment mieux associer les citoyens et les prises de décision, comment mieux représenter les sensibilités, comment répondre aux questions des français sur l’immigration et comment mieux vivre ensemble et mener une politique d’intégration plus efficace et plus juste. Et enfin le dernier thème est relatif à l’organisation de l’État et des services publics, avec des questions sur l’organisation de la présence de l’État et des services publics sur le territoire national, sur la prise en compte du numérique dans cette organisation et comment lutter contre le réflexe de la concentration. Le gouvernement laisse la porte ouverte à d’autres thématiques voulues dans chaque débat, mais ce sont bien ces quatre thématiques qui feront l’objet d’une synthèse par région, avec des conférences de citoyens tirés au sort pour échanger sur les analyses et proposition issues des différents débats, tout ceci avant de remonter au gouvernement.

A la lecture du contenu des thématiques de ce grand débat, il sera difficile d’aborder des sujets comme la santé, comme l’emploi, comme la justice, comme les pollutions, etc. Or, ce que traduit le mouvement des gilets jaunes, c’est que le président Macron, qui ne dispose que d’une légitimité démocratique de seulement 18,2% des inscrits le 23 avril 2017, nous impose depuis 18 mois son seul idéal politique fondé sur le libéralisme, sur la mondialisation, sur le démantèlement de l’État et de ses institutions, sur la captation de toutes les richesses par une élite et sur un discours compassionnel qui ne convainc plus personne aujourd’hui. Et le clivage entre Emmanuel Macron et les français ne se limite pas qu’à ces quatre thématiques-là, mais bien à une orientation politique divergente ; disruptive, dirait-il …

Mais si le président de la République est maintenant convaincu qu’il doit changer quelques chose dans la façon d’atteindre le cap qu’il s’est fixé, ce débat devant faire émerger « des solutions pour l’avenir du pays sur des problématiques majeures », alors pourquoi ne pas s’appuyer sur les dispositions de la constitution et dissoudre l’Assemblée nationale pour avoir ce grand débat-là, et sur toutes les politiques publiques de la nation ?

Car il ne pourra pas leurrer tout un peuple en lui offrant un grand débat tout en maintenant en arrière plan le cap qu’il s’était fixé pendant la campagne de l’élection présidentielle. Et puis cette consultation participative met à mal la représentativité des députés ; il pourrait même y ajouter la pratique du référendum pour réduire l’Assemblée nationale à … sa seule commission des finances.

Emmanuel Macron essaie de gagner du temps. Il a commencé par annuler la hausse de la TICPE au 1er janvier, pensant éteindre une revendication qui cachait en réalité la mise à mal du pouvoir d’achat. Cela n’a pas suffit, alors il a cassé la tirelire de l’État pour distribuer 10 md€, pensant qu’en satisfaisant quelques-uns des manifestants il diviserait le mouvement des gilets jaunes avant les fêtes de fin d’année. Et sa dernière carte abattue est l’idée de ce grand débat pour répondre à une exigence de démocratie plus réelle, mais ce n’est qu’un … trompe-l’œil :=(

Laisser un commentaire

Fermer le menu