L’écologie, une utopie mobilisatrice

Les enquêtes d’opinion, en France et dans le monde, indiquent que les principales sources d’inquiétude des personnes interrogées sont avant tout d’ordre social (la pauvreté et les inégalités sociales, le chômage, la fiscalité, le système de santé, l’éducation, …), et viennent ensuite les questions de sécurité et de justice (criminalité, corruption des milieux financiers et politiques, terrorisme, …). Lire le baromètre international Ipsos / Sopra Steria, What Worries the World, qui fournit des données très intéressantes (Rapport complet en PDF).

Et ce sont là des préoccupations majeures qui ne rencontrent pas de réponses satisfaisantes, surtout quand les responsables politiques ont déjà tout promis et tout essayé, en vain. Dans les urnes, cela se traduit d’abord par un fort taux d’abstention, ce qui signifie un renoncement civique et souvent un repli vers les alternatives communautaires ou individualistes. Ce dimanche 28 octobre dans le Land allemand de Hesse, un(e) électeur(trice) sur trois n’est pas allé(e) voter.

L’autre issue retenue par les électeurs, c’est le mirage du chamboule-tout. Au Royaume-Uni, cela s’est traduit par un vote majoritaire en faveur d’une sortie de l’Union européenne ; le brexit pour sauver Albion. Sinon, de nombreux peuples optent pour des chefs d’Etat ou de gouvernement, comme des moutons se choisissant un berger. C’est ce que les brésiliens ont fait ce dimanche 28 octobre en élisant Jair Bolsonaro comme nouveau président de la République ; ils confient ainsi leur destin collectif à une nouvelle junte militaire habillée en costumes de ville, avec un leitmotiv scandé en méthode Coué : l’ordre, l’ordre et encore de l’ordre ! Et ça, c’est une évidence, c’est au détriment des libertés :=(

Mais autant notre histoire a été jalonnée de courants politiques structurants pour le développement des Etats et des Nations, et avec des succès ou des échecs que nous pouvons relativiser au cas par cas, autant l’époque actuelle est marquée par un essoufflement des idéologies ou des utopies mobilisatrices. Je ne vais pas les citer toutes, mais les peuples se sont mobilisés pour le féminisme, pour le pacifisme, contre la peine de mort, pour le communisme, pour la liberté, pour leurs droits sociaux, … et là c’est l’attentisme qui prévaut sur tous les continents ; attendre que des réponses tombent toutes cuites sur les chaînes d’info … Et quand ces réponses ne conviennent pas, alors on zappe et on passe à un autre charlatan ou à une autre poudre de perlimpinpin.

En France, les menaces sur l’environnement et le changement climatique préoccupent 17 à 18% de nos concitoyens, et c’est 11% à l’échelle mondiale. La prise de conscience sur la biodiversité, sur la finitude des ressources de notre planète, sur le réchauffement climatique, sur la qualité de l’air, de l’eau et de nos aliments, … s’accompagne en même temps de solutions possibles. Et il y a deux grandes différences avec toutes les autres préoccupations citées précédemment, c’est d’abord que ces questions environnementales sont transversales, et qu’elles s’articulent avec les inégalités sociales, la pauvreté, la fiscalité, le chômage, etc. D’autre part, il y a des réponses qui restent à mettre en œuvre. Produire des panneaux photovoltaïques et en couvrir les toitures de toutes nos constructions, c’est bon pour le climat et ça crée des emplois. Construire et entretenir des retenues collinaires là où les précipitations sont capricieuses ou font défaut, c’est vital pour l’agriculture et ça crée aussi des emplois. Les exemples sont légion, mais ils convergent tous vers une amélioration de notre qualité de vie à tou(te)s.

Cela se voit désormais dans l’expression politique, et donc dans les urnes, où l’écologie n’est plus un supplément d’âme, mais bien une utopie mobilisatrice. Pourquoi employer le mot « utopie » plutôt que « enjeu », « courant », … ou je ne sais quoi d’autre indiquant une simple orientation ? Parce que les grands combats de l’histoire ont d’abord été des utopies avant d’être des combats réels et des droits nouveaux. Et là, quand les études scientifiques nous indiquent qu’une hausse de +5° C de la température d’ici la fin du siècle signifie la disparition de milliards d’êtres humains et des bouleversements inouïs dans la vie du monde, il faut être un véritable cynique pour sciemment fermer les yeux.

L’écologie est l’idéologie du 21ème siècle, les siècles précédents ayant été marqués par le colonialisme, le capitalisme, le communisme, le socialisme ou encore le libéralisme ; il ne s’agit plus de s’attacher à qui profite des richesses extraites ou produites, mais bien à les préserver d’un productivisme funeste qui ne profite qu’à quelques-uns. Mais il ne s’agira pas que de le revendiquer, car le plus difficile est de le mettre en pratique.

Laisser un commentaire

Fermer le menu