Les gilets jaunes sont-ils inspirés par le dernier livre de Cyril Dion, « Petit manuel de résistance contemporaine » ?

Dans son dernier ouvrage, Cyril Dion fait un état des lieux réaliste de la situation de Sapiens vis à vis des enjeux climatiques, de ses impacts sur notre alimentation dérégulée par des aléas météorologiques destructeurs, sur notre santé face à l’apparition de maladies nouvelles, et puis sur les pollutions de l’air, de l’eau et notre alimentation. Alors on peut de façon cynique attendre l’effondrement pour que ceux qui survivent rebondissent, mais on peut aussi anticiper le changement de modèle au travers d’un nouveau récit.

Les récits, justement, structurent un chapitre entier de son ouvrage, car notre cerveau émotionnel l’emporte sur notre cerveau rationnel. Notre histoire est jalonnée de récits qui ont mobilisés des millions d’êtres humains, des récits religieux, des récits guerriers, des récits idéologiques, … et là nous vivons depuis quelques décennies le récit d’un consumérisme qui est la vitrine d’un capitalisme financier mondialisé, et dont on ne voit pas comment y mettre fin.

L’argent (devenu une fin en soi), les lois (d’une démocratie par intermittence) et le numérique (des écrans de télé aux réseaux sociaux) sont les chaînes qui nous lient à ce modèle dominant, dont les citoyens sont devenus esclaves au profit d’une toute petite minorité qui jouit de la vie dans sa bulle.

Cyril Dion m’a fait découvrir Sdrja Popovic, ancien député Serbe qui a participé au renversement de Milosevic en ex-Yougoslavie, et qui dirige désormais CANVAS, une sorte de cabinet de consultants en révolution, formant aux principes de « guérilla non violente ». Et ce monsieur Popovic prône les révolutions qui démarrent par de petites batailles, faciles à livrer, et capables de fédérer largement ; et Cyril Dion de citer quelques exemples de révolutions sociales faites de « petits pas ».

Et les gilets jaunes surgissent dans l’actualité française comme une mise en pratique du petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion. Oui, ils appellent à un nouveau récit pour notre société, car ils subissent les inégalités financières, ils subissent des lois qui les oppriment (cf. dernière loi de finance 2019), mais par contre ils utilisent les réseaux sociaux pour se mobiliser (ils n’en sont plus les otages zombies). A noter 2 principes de Popovic que Cyril Dion pointe en particulier, le n°7 « élaborer une stratégie précise » et le n°9 « aller au bout de ce que vous avez commencé », avec les risques de désorganisation et d’enlisement ; il cite ainsi la désorganisation des printemps arabes qui échouent, même après avoir détrôné Moubarak et Ben Ali, et l’enlisement de mouvements comme Occupy Wall Street ou Nuit debout.

Mais si les élus comme les citoyens sont encore prisonniers du système, ils le sont consciemment. Or, ils se renvoient la balle des uns aux autres, en vain. Cyril Dion propose que « les élus s’allient aux citoyens et les citoyens aux élus ». Et d’évoquer Franklin D. Roosevelt et son New Deal, le Président US invitant les organisations syndicales à « descendre dans la rue pour l’obliger à mettre en œuvre ses réformes » au détriment des lobbys. En 1937, il y eux 4740 grèves, et des avancées sociales sans précédent virent le jour. En même temps, c’est plus facile à mettre en place à l’échelle locale qu’à celle des Etats, les élus vivant les mêmes situations et dans le même cadre que les citoyens ; Emmanuel Macron est pour sa part bien trop éloigné du quotidien des français, sans aucune empathie.

Aussi, au titre de l’un de ses chapitres « C’est quand la révolution ? », j’ai envie de répondre à Cyril Dion, « Bah, c’est maintenant ! ». Les gilets jaunes ont créé le cadre, fondé sur des années d’inégalités sociales, sur l’inadéquation entre l’impôt et les services publics qui désertent les territoires ruraux et péri-urbains, mais aussi sur une aliénation à un système qui n’a plus de sens. Il reste à construire un nouveau récit qui allie les enjeux environnementaux à la justice sociale.

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