« Neutralité carbone », le faux ami !

Le concept de « neutralité carbone », quoiqu’assez ancien, a été mis sur le devant de la scène depuis environ 2 ans, par Nicolas Hulot en 2017 quand il a présenté la Plan Climat de la France, par le GIEC qui en fait un objectif nouveau en 2019, et puis la loi française s’est fixée l’objectif ambitieux de neutralité carbone en 2050.

Mais ce concept-là percute la démarche volontariste de lutte contre le réchauffement climatique qui passait jusqu’à présent par la « réduction de la production de gaz à effets de serre – GES », et qui comme pour la neutralité carbone vise à ne pas laisser la température du globe dépasser de +2°C celle de l’ère post-industrielle. Mais un tel objectif de réduction drastique des GES est décroissant par définition, et il l’est aussi dans ses conséquences économiques. Et ça ne faisait pas plaisir à tout le monde ! Par exemple, sur le Cœur d’Hérault, où l’ADEME finance un SCoT Facteur 4, quelques élus s’y sont vivement opposés il y a 5 ans quand nous avons dû en délibérer. Un Facteur 4, cela signifie de diviser par 4 les émissions de GES en 40 ans, alors appliqué à un SCoT c’est la fin des projets routiers, commerciaux, du tourisme de masse, d’une économie carbonée (de la logistique à la viticulture), etc.

La stratégie nationale bas-carbone adoptée par la France en 2015 avant la COP21

Aussi, la neutralité carbone atténue l’effort, car nous pourrions rester au même niveau de production de GES, et de CO2, si nous étions en mesure d’en capter autant. Les promoteurs du concept affirment que non, bien au contraire, et que cette neutralité carbone va nous obliger à diviser par 8 la production de CO2 ; mais ça, c’est en prenant la capacité actuelle de captation de carbone (autour de 80 Mt CO2e/an). Sauf que le marché de la captation de CO2 devient un vrai business. Ainsi, les agriculteurs qui n’ont pas de repreneurs dans leur famille sont contactés pour que leurs parcelles soient exploitées en sylviculture ; il sera bientôt plus rentable de ventre des tonnes de « CO2 capté » que de vendre des fruits et légumes sur les marchés.

Mais si les émissions de CO2 (cf. graphique) sont à la baisse en France, le CO2 n’est pas le seul GES, et c’est par ailleurs celui qui a le plus faible pouvoir de réchauffement relatif (PR). Le CO2 compte pour 70% des GES (avec un PR à 1), il y a 16% de N2O avec un PR à 296, et 13% de CH4 avec un PR à 23. Donc une neutralité carbone totale en 2050 signifierait que l’on n’émette plus ni méthane, ni protoxyde d’azote, ni gaz fluorés, … autant de molécules non captées par les terres et les forêts.

Cf. Ressource Web récente et très pédagogique : https://www.picbleu.fr/page/gaz-a-effet-de-serre-qui-absorbent-une-partie-des-rayons-solaires

Globalement, la France est toujours en retard sur ses objectifs fixés par sa stratégie nationale bas-carbone (SNBC), stratégie adoptée en 2015 avant la COP21. Alors depuis 2018 il y a de légères baisses (-4% en 2018, -1% en 2019 et encore en 2020 avec la Covid-19), mais sans que cela ne change vraiment la trajectoire. Nous sommes à +4,5% au dessus de l’objectif 2019-2023 ; 441 Mt au lieu de 422 Mt CO2e.

Mais il y a aussi le risque (à mon avis) que l’État français incorpore demain la capture de C02 par les océans dans son bel objectif de neutralité carbone. En effet, nous avons le deuxième domaine maritime mondial, et les océans captent un tiers des émissions de C02. L’autre particularité française, c’est son nucléaire civil, et on entend de plus en plus cette petite musique sur notre électricité décarbonée, voire même que le nucléaire serait le meilleur vecteur pour produire de l’hydrogène vert.

Mais surtout, la question du climat ne doit pas masquer d’autres enjeux majeurs, comme la pollution des milieux naturels (l’air, l’eau et la terre), le déclin de la biodiversité, l’épuisement des ressources naturelles et tous les impacts sociaux. En continuant à produire autant de CO2, même compensé par plus de captation naturelle de C02, et en plus avec le nucléaire, alors le couple « productivisme & consumérisme » à encore de beaux jours devant lui.

Cf. Site ressource : https://www.citepa.org/fr/

Laisser un commentaire