Salamane, j’ai le script pour une série télé

Castellum Promotion et San Prince Management alimentent le feuilleton de la Salamane depuis 2012, et c’est vrai que s’ils pouvaient se trouver un autre terrain de jeu, ça nous laisserait respirer. Et ce mercredi soir en assemblée communautaire, nous étions au cœur du 7ème épisode de cette interminable saga. Mais avant de revenir sur hier soir, un rapide flashback des épisodes précédents.

Nota bene : Je zappe la saison 1, sur la période 2009 à 2012, où l’acteur principal était Système U, mais là aussi le feuilleton ne manquait pas de sel.

Salamane, saison 2

Épisode n°1« Des débuts idylliques », avec une délibération du 19 décembre 2012 pour vendre un peu moins de 2 hectares (à 77 € le m2) à un consortium composé de MR FINANCE, le Groupe Monteleone et Immo MC Sportes, pour y implanter un complexe commercial comportant un pôle équipement de la maison, une surface commerciale d’équipements de sport ainsi qu’un ensemble de cellules commerciales. Ce même 19 décembre 2012, deux autres ventes portaient la recette totale à 10,7 M€, et déjà l’investissement prévisionnel de 17 M€ pour la réalisation de la zone de la Salamane se voyait allégé. Mais aucun de ces projets à vocation exclusivement commerçante ne verra jamais le jour …

Épisode n°2, « Destination détournée », avec en point de départ une délibération du 18 septembre 2013 qui accorde un hectare à San Prince Management pour y implanter une construction de stockage et de messagerie au prix de 85 € le m2. Dans le contexte de l’époque où cette zone était en partie destinée aux activités de logistique, cet usage ne semblait pas étonnant, quoiqu’un peu flou quand même. Et finalement, c’est un Leclerc Drive qui s’est construit sur ce lot 4.4. Le bon côté de cet épisode, c’est qu’il s’agit-là de la seule entreprise sur la Salamane qui ait créé de l’emploi net, une quinzaine de personnes en 2014. Le mauvais côté, c’est le détournement de destination qui a d’ailleurs eu quelques conséquences au sein de la majorité municipale à Clermont-l’Hérault.

Épisode n°3, « Le partenaire », et des promesses qui pleuvent dans le cadre de cette délibération du 23 septembre 2015 où SPM6 acquière le lot 2 (le même qu’au premier épisode avec MR FINANCE) pour y implanter une aire de parkings, une station-service, des ateliers pour des artisans, une salle polyvalente, de la restauration rapide, une maison de Pays (comme au Caylar) et même un cabinet de vétérinaires. Les engagements de ce partenaire idéal incitent la communauté à fixer le prix de vente à 40 € le m2, moitié moins que trois ans plus tôt. Or là, à part une station-service et une aire de covoiturage continuellement vide, le rêve s’est envolé.

A noter que dans cette saison 2, Jean-Claude Lacroix et Olivien Brun ont respectivement remplacé Alain Cazorla et François Lieb en mars 2014 dans les rôles de président et de vice-président en charge du développement économique de la communauté de communes. La série doit beaucoup à ces acteurs disparus, mais pas l’intérêt général qui lui a été beaucoup dévoyé.

Épisode n°4, « L’estocade », les acteurs s’en donnent à cœur joie avec des tas de projets qui rendent l’exécutif communautaire tout chose. Sur les lots 1 et 15, en février 2016, Castellum projette des espaces commerciaux (vente de biens d’équipement pour la personne et pour la maison, de l’hôtellerie, de la restauration, des services, des magasins de jardinerie et de bricolage). Le projet porte sur 5 hectares à 70 € le m2. Et en novembre 2016, Castellum acquière le lot 4.1 pour des projets d’hôtel et de restaurant, juste devant le Leclerc Drive, sur une parcelle de 7 460 m2 à 70 € le m2.

A l’issue de ces deux derniers épisodes, et le suivant est dans la même veine, le secteur de Clermont-l’Hérault deviendrait (à en croire les scénaristes) le méga-pôle commercial du Cœur d’Hérault. Les autres zones de ce territoire, de la Méridienne au Bosc à La Croix sur Gignac et en passant par La Garrigue à Saint-André-de-Sangonis, allaient passer en seconde division … Mais c’est aussi cette vocation commerciale de la Salamane qui sera remise en cause ultérieurement par les services de l’État, car ce n’était pas sa vocation initiale.

Épisode n°5, « Toujours plus », avec un scénario qui franchit la route départementale N°2 pour le Cambio de Brignac, une nouvelle zone d’activité siamoise de la Salamane, mais pour le coup pleinement pilotée par les héros de San Prince Management, et avec une perspective de mise sur les rails pour 2020. Cependant, les travaux actuellement en cours sur le SCoT du Pays Cœur d’Hérault devraient réfréner les appétits de prédation foncière, mais quand on est gourmand, c’est dur de faire un régime.

Épisode n°6, « Orages (ou Ô rage) sur la Salamane », avec un nouvel acteur qui fait son apparition dans ce feuilleton, à savoir M. Matthieu Grégory de la DDTM34. Et très vite il aura le rôle du très méchant, surtout pour les plus idolâtres du consumérisme décomplexé. La DDTM34 émet une série d’exigences qui déplaisent aux autres acteurs, et les associations de commerçants locaux se mobilise pour ne pas signer l’arrêt de mort du centre-ville ; le maire de Clermont-l’Hérault y trouvera d’ailleurs l’opportunité de prendre le premier rôle. Et sans oublier la commission de sécurité qui dira stop au projet d’hôtel, car implanté trop près de la station-service. C’est l’épisode des portes qui claquent, de la soupe à la grimace, d’une visite préfectorale où le pauvre préfet n’aura été qu’un acteur de passage. Là, tout le monde est fâché avec tout le monde !

Et là nous sommes dans l’épisode n°7, « Je te tiens par la barbichette ». Les investisseurs déposent des recours gracieux sur des permis de construire pour asphyxier financièrement la Communauté de communes, et cette dernière cède en début d’année 2019 sur un protocole transactionnel qui ne lui donne pas le meilleur rôle. Ce mercredi 27 février, la suite du protocole transactionnel prenait la forme d’une délibération par laquelle Castellum Promotion acquière le lot 4.1 et ses 4 760 m2 pour 60 € le m2. C’est 10 € de moins qu’en novembre 2016, et donc 74 600 € de moins au total. Mais là où l’on voit la faiblesse de l’acteur public, c’est que sur la destination de cette acquisition, il est noté : « afin d’exercer toute activité ne nécessitant pas une autorisation commerciale préalable ». Personne au sein de l’exécutif ni de l’assemblée communautaire ne se demande combien d’emplois seront créés ni si les activités à venir seront complémentaires d’autres sur le Clermontais ou encore de leur rayonnement sur le département. Par ailleurs, Castellum Promotion peut aussi acquérir ce lot pour attendre les échéances de 2020, dans l’espoir d’orientations d’aménagement qui lui seront plus favorables, avec pendant ce temps des entrepreneurs locaux qui ne trouvent pas de terrain pour s’installer ou pour se développer. J’avais voté contre le protocole transactionnel, je suis resté cohérent en votant contre cette vente-là.

Pour avoir vécu cette saga depuis le début, et même avant dans l’opposition à la création de cette zone d’activité, je reste étonné par l’abondance de rebondissements ; rien n’est jamais assuré, et la soixantaine de délibérations pour la vente de lots, depuis 2011, témoigne d’un incroyable suspense. Et les élus communautaires constituent un très bon public, qui s’enthousiasme de chaque nouvelle vente ; comme des enfants qui découvrent les cadeaux du Père Noël, et toujours dans une position passive. Jamais les orientations stratégiques de cette zone n’ont fait l’objet d’un débat politique ; on vend des lots pour faire rentrer de l’argent, c’est tout. Cette posture de spectateur alimente évidemment le feuilleton.

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