Scrutin du 26 mai 2019, l’écologie politique est l’alternative au face à face mortifère entre le RN et LREM

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », cette citation d’Antonio Gramsci illustre bien ce temps politique que nous vivons depuis quelques années déjà.

Le vieux monde est celui issu de la révolution industrielle, il y a plus d’un siècle, et qui a fait du travail la ligne de clivage entre la gauche et la droite, avec d’un côté des revendications sociales d’émancipation et de progrès en contrepartie d’une contribution à l’effort de production, et de l’autre un capitaliste qui s’est rapidement adapté à la mondialisation. La croissance de l’activité économique a alimenté ces deux faces d’une même pièce, mais jusqu’à ce que la prédation des ressources naturelles et que les multiples pollutions des sols, des eaux et de l’air rendent évident que notre espèce va à sa fin. Et ce sont d’ailleurs les plus jeunes qui en sont le plus conscients, car le 20ème siècle leur est totalement inconnu.

La prise de conscience écologique fait écho à tous ces changements, avec le réchauffement climatique qui meurtrit des populations ici et là au hasard des catastrophes naturelles,  nos écosystèmes naturels qui s’épuisent, mais aussi une transition trop mal expliquée, trop injustement imposée aux uns et trop lâchement abandonnée aux autres. Et avant qu’un nouveau monde pleinement conscient de cet écocide ne se substitue à l’ancien, cette période suscite une légitime angoisse collective. Ainsi, Macron comme Le Pen sont les deux monstres qui s’épanouissent dans ce clair-obscur, ni l’un ni l’autre n’ayant intérêt à en sortir.

Mais il est des valeurs universellement antagonistes qui perdurent, solidarité et compétition, liberté et ordre, progrès et conservatisme, pensée et croyance, … avec des curseurs qui se déplacent plus ou moins en fonction du contexte et du moment. Depuis longtemps c’est le « travail » qui a fait l’objet de thèses, de combats et de droits, avec toute notre vie sociale, économique et politique qui lui était consacrée. Désormais, c’est le concept le plus élémentaire qui soit qui préoccupe la société, à savoir la « vie » ; la notre, bien entendu, que nous nous souhaitons la plus longue et en meilleure santé possible, mais aussi celle de toutes les espèces animales et végétales qui peuplent notre planète. Car tout cela fait un tout, et l’intérêt collectif croissant porté par exemple aux abeilles en témoigne.

Ainsi, le scrutin européen de ce dimanche 26 mai est révélateur de cette transition ; refoulée par certains, ignorée par d’autres et désirée par un nombre croissant de personnes. Aux élections européennes de 2009, le vote écologiste (16,28% des suffrages exprimés) exprimait déjà une angoisse, mais il était aussi un signal envoyé aux autres formations politiques (UMP et PS) d’en tenir compte ; et les Verts ont compris au bout de deux ans du mandat de François Hollande que les accords négociés dans la foulée de ce scrutin européen étaient de la monnaie de singe. Dix ans plus tard, le Front national est passé de 6,34% des suffrages à 23,3%, et les deux partis historiques de la gauche et de la droite ont été aspirés par le parti du « cercle de la raison ». De fait, le message porté dans les urnes ce dimanche, avec 13,5% des suffrages pour Europe Écologie, mais aussi 2,17% au Parti Animaliste et 1,82% à Urgence Écologie, ce n’est plus un signal envoyé à d’autres formations politiques, c’est un ultimatum que nous nous adressons à nous-mêmes. Et l’écologie politique, après avoir gagné la bataille des idées, doit désormais l’emporter sur le front des projets !

Les résultats du scrutin en Cœur d’Hérault (cf. tableau de résultats pour les trois intercommunalités du Cœur Hérault) ne diffèrent ni sur l’ordre d’arrivée des listes, ni sur les rapports de force entre blocs politiques. Il est trop tôt pour en conclure quoique ce soit, mais cela constitue une base de travail pour promouvoir de nouvelles synergies politiques.

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