Téléconsultations médicales, les élus locaux ont des leviers d’action

Deux actualités locales à Paulhan m’ont fait réagir récemment sur la toile, d’une part l’abandon par la mairie d’une gestion directe de l’EHPAD de Paulhan, et de l’autre l’ouverture d’une cabine de téléconsultation dans l’une des deux pharmacies de la commune. Le point commun entre ces deux actualités est qu’elles portent sur des équipements médico-sociaux, et c’est l’affaire de tous.

Tout d’abord, à propos de la télémédecine, voilà un outil qui peut changer du tout au tout la prise en charge des soins médicaux dans un contexte où d’une part il y a pénurie de médecins généralistes, et d’autre part un engorgement des services d’urgences hospitalières ; dans les deux cas cela génère de la souffrance au travail pour les personnels, et une insatisfaction générale des usagers. La grève des services d’urgences (depuis quatre mois et maintenant dans plus de 200 services en France) porte sur les conditions d’accueil des patients, mais aussi sur le facteur quantitatif par l’afflux de patients qui pourrait être réduit si la permanence des soins était mieux assurée en ville et dans les territoires ruraux.

Par exemple, sur le secteur « Cœur d’Hérault – Piscénois », qui est l’un des dix territoires que l’ARS Occitanie a identifié dans l’Hérault pour la permanence des soins ambulatoires sur la période 2019-2022, il n’y a qu’un seul médecin d’astreinte au CAPS de Lodève pour le secteur du Lodévois la nuit (de 20h à 8h), le week-end et les jours fériés, et un autre médecin d’astreinte à la maison médicale de garde de Clermont-l’Hérault, en semaine de 20h à 24h, ainsi que les week-end et jours fériés. Ce dispositif est complété depuis 2013 par l’UMUPS, pour les urgences mobiles en Cœur d’Hérault, et qui devrait être remplacé d’ici la fin de l’année par une antenne SMUR du CHU de Montpellier. Mais sur un territoire d’environ 80 000 habitants, hors période estivale, l’accès à un médecin après minuit est très difficile et aller aux Urgences devient un réflexe ; c’est une mauvaise habitude à corriger tous ensemble.

C’est à l’automne 2018 que le gouvernement a véritablement donné un coup d’accélérateur pour le développement de la télémédecine, en inscrivant dans la loi de finance de la sécurité sociale des dispositions permettant de lever des freins, en l’occurrence le remboursement de l’acte de téléconsultation au médecin, comme pour un acte présentiel (depuis le 15 septembre 2018). Mais nous n’en sommes pas encore à des téléconsultations où le médecin serait à l’autre bout de la planète comme pour les plateformes de télémarketing. La Cnam a d’ailleurs récemment sanctionné une plateforme de télémédecine, car elle dérogeait à la réglementation qui veut que l’acte de téléconsultation ne peut se faire qu’en cas d’indisponibilité ou d’absence de médecin traitant, mais surtout demeurer à l’échelle territoriale ; c’est à dire avec des médecins généralistes d’une même région (cf. Téléconsultations hors cadre). Chaque ARS adopte son propre Programme Régional de Télémédecine (PRT), mais celui d’Occitanie s’articule encore sur les PRT des deux anciennes régions ; le site ad-hoc mis à disposition étant peu disert …

La place des pharmaciens figure aussi dans la loi de finance de la sécurité sociale de 2018, et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et l’Assurance Maladie ont signé le 6 décembre 2018 un avenant à la convention nationale pharmaceutique délimitant les conditions à respecter pour que les pharmaciens réalisent des téléconsultations (sur amelie.fr). Mais depuis bientôt un an, le déploiement de la téléconsultation en pharmacie peine à prendre son élan. En cause les équipements qui commencent à devenir autonomes, mais qui nécessitent néanmoins la présence d’un personnel en mesure d’assister le patient puis de stériliser tous les matériels à l’issue de chaque consultation ; c’est aussi pour cela que les pharmacies ont été choisies, plutôt que des bureaux de Poste ou des Mairies.

Une enquête réalisée en mai 2018 auprès de 8 000 médecins (libéraux, salariés et hospitaliers) par la MACSF indique que près de 3 médecins sur 4 estiment que la télémédecine fera partie de leur quotidien en 2030, soit dans une dizaine d’années à peine. De son côté, le gouvernement s’était fixé un objectif ambitieux de 500 000 téléconsultations en 2019, mais le rythme observé au printemps 2019 était plutôt de quelques milliers seulement. Et depuis septembre 2018 que ces actes sont remboursés, seulement 31 610 téléconsultations ont fait l’objet d’un remboursement de la Sécurité sociale.

Mais si j’ai voulu lier cet note à l’EHPAD de Paulhan, c’est parce que les téléconsultations se développent aussi beaucoup dans ces établissements, avec des résidents à la santé fragile pour qui un déplacement aux urgences nécessite une logistique lourde et un stress supplémentaire. Avec la téléconsultation, le patient résident de l’EHPAD bénéficie d’une consultation dans sa chambre, avec un charriot de matériels médicaux et de vidéotransmission manipulés par le personnel. L’ARS Occitanie, après avoir expérimenté son programme PÂSTEL dans le Tarn et dans le Lot, le généralise dans le cadre du PRS 2018-2022 ; et elle y met des moyens significatifs pour les EHPAD qui entrent dans sa programmation. L’Hérault n’est malheureusement pas programmé avant 2021 pour ce déploiement, mais le CHU de Montpellier y pallie pour les EHPAD de son territoire avec le programme TéléEHPAD34.

Chariot de téléconsultation en EHPAD

La téléconsultation mise en oeuvre aujourd’hui à Paulhan se heurte aux horaires d’ouverture de la pharmacie, et c’est souvent en dehors de ces heures-là qu’on panique facilement quand un enfant à 39° de fièvre et couve une gastro. Or, l’unique établissement de Paulhan qui est ouvert 7J/7 et 24H/24, c’est bien l’EHPAD Vincent Badie, et avec du personnel capable d’assister un patient dans l’usage des matériels. Alors pourquoi demain n’aurions nous pas une cabine de téléconsultation à l’EHPAD, tant pour les résidents que pour les habitants du paulhanais ? C’est dire l’importance de conserver localement la gouvernance de l’EHPAD, et pas que pour cela !

En 2022, la commune de Paulhan sera connectée au très très haut débit Internet grâce à la fibre optique déployée par le Département (cf. Hérault Numérique). Le téléchargement d’images ne prendra que quelques secondes avec la fibre alors que c’est quelques minutes avec l’ADSL, un gain de temps précieux en télémédecine pour un spécialiste qui accéde à des résultats d’imagerie médicale, et le débit (100 Mbits/s) permettra d’avoir des flux vidéo en direct de bien meilleure qualité. Pour les habitants, pour les résidents de l’EHPAD, mais aussi pour les médecins qui pourront consulter en direct des résultats d’imagerie médicale réalisée à Clermont-l’Hérault ou à Montpellier, la fibre optique à toutes nos portes ouvre des perspectives majeures pour la permanence des soins.

Lors du précédent mandat municipal à Paulhan (2008-2014), le maire Bernard Soto avait pris la mesure de ces enjeux médicaux. Il avait d’abord proposé aux professionnels de santé de la commune de participer à la création d’un cabinet médical dans l’ancienne école Georges Brassens, mais le montage financier ne donnait pas satisfaction. Par la suite, un entrepreneur local a proposé à la mairie de construire un cabinet médical, le long de voie ferrée dans le quartier de la gare, et l’exécutif municipal a alors permis cette initiative privée. Le recours à des partenaires privés est une option à privilégier, car une mairie n’a ni les compétences ni les moyens pour faire de tels investissements, surtout dans ce domaine-là, mais le portage politique est essentiel et la maîtrise publique est un gage de respect de l’intérêt général.

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ARS : Agence Régionale de Santé
PRS : Programme Régionale de Santé
CAPS
: Centre d’Accueil et de Permanence des Soins
UMUPS : Unité Mobile d’Urgence et de Permanence de Soins
SMUR : Service Mobile d’Urgence et de Réanimation
MACSF : Mutuelle d’assurance du corps de santé français